Recrutement: Jacques Blanc, un de plus devant
















Un bel orage s'est invité ce vendredi soir sur le stade Baudras mais Jordan Deruelle, plus habitué au soleil éclatant de son Var natal et de la Seyne-sur-Mer en particulier, n’en perd pas le sourire. « Ce n’est pas grave, il va revenir ! Ça fait du bien un peu de fraîcheur !» Dans quelques minutes, il va suivre sa troisième séance d’entraînement de la semaine sous ses nouvelles couleurs et les deux premières ont été ardues. Ce solide gaillard d’un mètre quatre vingt deux pour 118 kilos est l’une des recrues majeures du RCAB. Comme l’Argentin Alan Sanillo, avec qui la connexion « première barre » s’est faite naturellement, il est venu renforcer la ligne d’avants de l’équipe première. Son poste préféré ? « Pilier droit » répond t-il sans hésiter et avec une certaine fierté. C’est devenu son poste de prédilection au fil des années et on sent que l’expérience est là, bien que le garçon n’ait que 23 ans. L’amour et la passion du rugby ne sont nés en lui que tardivement, à l’âge de 15 ans, lorsque son professeur de sport du lycée, un ancien 3e ligne du Racing du nom de Xavier Saboureau, l’a repéré en UNSS. Un autre ancien glorieux joueur du RC Toulon, Marc de Rougemont, va ensuite le prendre sous son aile et lui transmettre les rudiments et les ficelles du métier. « ça m’a sorti un peu de mon quartier, j'ai appris la rigueur » fait-il remarquer. A l’époque, Jordan évolue comme 3e ligne. Il est vite piqué au virus « de la gagne, du combat, de l’amitié » et va se distinguer au fil des saisons au sein de l’Union Sportive Seynoise, le club cher à son copain Gaël Fickou, où il se nourrit des conseils d’anciens internationaux de renom comme Marc Andreu ou Julien Caminati. « Ces gars te poussent vers le haut » ajoute celui qui a parfait sa formation en espoirs Elite, face à ce qui se fait de mieux en terme de joueurs prometteurs.
Un parcours qui nous fait nous poser une question : mais comment un joueur de ce calibre a pu alors choisir Andrézieux comme destination ? Jordan Deruelle y répond sans détour : « En fait, je voulais décrocher un peu et évoluer dans un club de Fédérale 3 de ma région. Et puis, je suis entré en contact avec Clément (Vidal), je me suis dit que ce serait bien de tenter une nouvelle expérience. J’en ai discuté avec ma femme, elle était partante. Ce qui a été déterminant, c’est que le club a su répondre à mes attentes et je dis merci aux dirigeants du RCAB. » Effectivement, l’intégration à cette nouvelle vie s’est faite rapidement. La famille Deruelle (Jordan, son épouse et leur petit garçon Lyam) s’est installée dans le quartier de La Vivaraize à Saint-Etienne et Jordan a trouvé un emploi de facteur à Saint-Just Saint-Rambert « ça me permet de découvrir les alentours » rigole t-il. Le natif du Var attend désormais avec impatience d'entrer dans le vif du sujet, sans autres prétentions que d’apporter « un peu de son vécu tout en se fondant dans le groupe »


Cette recherche, au niveau du RCAB, a abouti au recrutement de cinq joueurs, pour ce qui concerne le groupe appelé à évoluer en Fédérale 2. Le premier de ces nouveaux venus s’appelle Alan Sanillo, il est Argentin, est né à Buenos Aires il y a 29 ans. Le garçon fait impression par son gabarit, c’est le moins que l’on puisse dire, et pas besoin d’être un grand spécialiste du rugby pour savoir quelle place il occupe. C’est un première ligne « talonneur ou pilier des deux côtés » précise t-il. Le garçon est large d’épaules, impressionnant, mais le sourire qui éclaire son visage comme sa voix douce vous incitent malgré tout à engager la discussion. On l’avait aperçu il y a quelques semaines de cela au stade Baudras, lorsque les dirigeants lui avaient proposé de venir découvrir les installations, avant que les travaux de rénovation ne débutent. On avait rencontré un garçon chaleureux, ouvert et s’exprimant fort bien en français, alors qu’il a rejoint la France il y a seulement deux ans. Le voilà de retour depuis le mois de juin, après avoir fait le tour de la question des clubs souhaitant le voir rejoindre leur effectif. Il y a en avait plusieurs, en particulier Salles, un club de Fédérale 1 du Sud-Ouest qui lui faisait les yeux doux. Alors pourquoi avoir finalement choisi le RCAB ?: « Ce n’est pas une question d’argent, pas du tout. J’ai senti quelque chose de spécial ici. Une connexion humaine, un esprit de famille. Tout le monde m’a bien accueilli. » se justifie-t-il.

Alan, qui avoue « avoir dédié sa vie au rugby », ajoutant avec émotion « c’était mon rêve de jouer en France » semble marcher aux sentiments, à l’humain et il s’est vite acclimaté à sa nouvelle vie. S’il n’a pas encore trouvé de domicile fixe, il est logé jusqu’à présent dans des gîtes, la recrue andrézienne n’a pas tardé à s’insérer dans la vie active au coeur d’une pépinière, à Saint-Just Saint Rambert, où il fait déjà l’unanimité par son ardeur au travail et sa gentillesse. Le patron s’est même fendu d’un coup de téléphone pour signifier sa satisfaction aux dirigeants du RCAB. Cette gentillesse, il la laisse au vestiaire lorsqu’il s’agit d’entrer en mêlée, de combattre, de défier l'adversaire. Au fil de la discussion, on sent bien son envie d’en découdre, d’être dans le vif du sujet. Il s’y prépare en enchaînant des séances de musculation qui impressionnent quelques-uns de ses jeunes partenaires auxquels il ne manque pas de donner quelques conseils avisés, tout en les chambrant gentiment. Opéré d’un genou la saison passée sous les couleurs de Gaillac, son précédent club, il dit être remis complètement et attend avec impatience de rencontrer ses nouveaux partenaires, le 2 août pour la reprise de l'entraînement. Ceux-ci ne connaissent pas l’histoire de ce baroudeur, qui ne peut pas se passer de boire quotidiennement son Maté, boisson si cher aux Argentins. Il nous l’a racontée en commençant par une anecdote. Ou plutôt une devinette ? Savez-vous ce qui a incité Alan Sanillo à pratiquer le rugby ? Eh bien un porte-clé ! : « Gustavo, le papa de mon cousin, est venu un jour à la maison et il avait un porte-clé à la main avec un ballon de rugby. A l’époque, je jouais au foot, comme tous les jeunes de mon quartier. Il m’a expliqué en quoi consistait le rugby et j’ai dit alors à ma mère : « C’est ce sport que je veux faire ! » Elle va lui trouver un club, San Martin, le club de Patricio Albacete, international argentin renommé qui a évolué au Stade Toulousain et avec qui il est toujours en contact. Manuel Belgrano un avocat, va aussi l’aider à évoluer et à se faire un nom dans un championnat difficile où il fait ses preuves, malgré une blessure à l’épaule qui le handicape une bonne année.
Plus costaud que la moyenne, il va passer du poste de 3e ligne à celui de « première barre » comme son modèle absolu, le redouté Rodrigo Roncero, autre compatriote connu pour sa carrière au Stade Français et sous le maillot des Pumas. A 20 ans, Alan a plus que jamais en tête le rêve absolu de fouler les pelouses de France « parce qu’il aime beaucoup l’histoire française » et puis parce que c’est le Graal de beaucoup de ses amis argentins : « En Argentine, on payait 20 euros par match pour participer aux frais occasionnés. » se souvient-il. Un autre monde... Mais avant de faire le grand saut, il décide, à 25 ans, sur les conseils du père d’un de ses amis de passer par la case espagnole. Il rejoint un club de l’élite, l’Independiente Santander, où il découvre le monde professionnel avant de filer trois ans après dans les Asturies, à l’étage inférieur, à Belenos, puis à Madrid, au sein de l’Ingenerios Industriales où le Covid va mettre fin à son contrat. Autant d’expériences qui vont malgré tout lui ouvrir les portes du championnat français. Grâce à un ami prénommé Marcelo, qu’il considère comme un frère, il est recruté par Saint-Affrique, club de Fédérale 3, où ses prestations suscitent l’intérêt de Gaillac, pensionnaire de Fédérale 2 qui va à son tour l’enrôler. Avant qu’une virulente charge d’un adversaire face à Castelnaudary ne lui cause une sérieuse blessure au genou. Opéré en février, il nous assure que tout cela n’est plus qu’un mauvais souvenir, tout en pliant son genou gauche. Il lui reste désormais à s’intégrer au groupe. Pour ce qui s’agit de la vie hors terrain, ça semble en bonne voie. Lui qui aime l’esprit de famille, la convivialité est servi au RCAB. Au terrain maintenant de délivrer sa vérité sur cet garçon attachant et humble.
